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Politisation pour la force du nombre

Par : Le Don Qui Chuchote - January 14, 2021 - Catégorie: Politique

La force du nombre

On lit les rapports du GIEC, on lit les économistes, on lit les engagés, on les écoute aussi. On prend conscience des risques à venir pour nous, pour nos enfants, pour nos sociétés et on assiste à l'inaction et aux mascarades. On veut briser le cercle vicieux d'un système vicié, mais.

Mais devant les masses financières et les milliards d'euro manipulés par le système bancaire on a tendance à se sentir de peu de poids. Devant le gigantisme des multinationales et leur force de frappe (i.e. de destruction), on a tendance à se sentir impuissant. Devant les médias à l'unisson de ces mêmes pouvoirs, concentrés entre quelques mains on doute de réussir un jour se faire entendre.

Pourtant, que ce soient les grandes entreprises, les grands banques, les gouvernements, les réseaux sociaux, s'ils ne sont dirigés que par quelques uns, leur énergie et leur capitaux ne leur tombent pas du ciel, ils ne sont que la capitalisation de nos propres énergies mises en communs dans les moteurs de l'enrichissement privé. Tout en nous faisant complice du système qui détruit sur son passage des conditions de vies acceptables sur cette planète, ces ogres du capitalisme productiviste nous montrent ce que la coordination, la collaboration des individus peut avoir comme impact et que l'enjeu est alors à l'intérieur du système d'agréger les énergies pour les rediriger vers une projection encore à définir et à construire d'un futur désirable. (voir l'article de Frédéric Lordon pour savoir d'où vient cette conclusion: Chili 73).

Si l'on adhère à l'idée que c'est la force du nombre plutôt que les révolutions armées d'une minorité prête à tout sacrifier qui pourra faire tomber le système oligarchique actuel de quelques uns pour quelques uns (voir la série documentaire de Trancrède Ramonet sur les mouvements libertaires et la force de la réaction qui les a réduit au silence pour finir de s'en convaincre: ici), il faut alors s'interroger sur les moyens que l'on a pour atteindre une masse critique. L'un de ceux ci est sûrement de susciter l'intérêt, la prise de conscience, l'envie de participer au débat et de mettre en oeuvre les solutions. En un mot, la politisation. Une politisation à l'image de ce vers quoi elle veut tendre, la concrétisation de ce que depuis la Révolution nous avons tendance à abandonner à l'abstraction: une politisation fraternelle, égalitaire et libertaire.

Savoir vers ou aller

Ainsi il faut savoir vers où aller avant de s'armer de sa houlette pour rejoindre un troupeau de bergers. Bien qu'encore les futurs désirables puissent être multiples et progressifs, si la direction à prendre pourra sans doute se dessiner en route, on peut tout au moins choisir pour commencer une direction qui nous éloigne de ce pire vers lequel on met le cap (Encore Lordon), le pire étant ici protéiforme. Le pire social qui nous éloigne des redistributions, qui fait de chacun un employé corvéable en ses temps de production et redevable de ses périodes d'improduction tel qu'hors du salariat et de l'abandon de sa liberté de production, pas de retraite, pas d'allocation chômage, pas de complémentaire santé. Le pire environnemental qui fait de chacun d'entre nous un producteur de déchet, un consommateur de matière première complice dans cette course à l'échalote de celui qui aura le plus de ces possessions majoritairement bas de gamme (le haut de gamme étant réservé aux 0.1%). Le pire relationnel qui transforme l'échange et les débats en punchline et en tweets quand les restaurants et les troquets sont fermés pour mieux laisser ouverts les Amazones, les Primark et leur approvisionnement en cargo venus du Bangladesh (visitez l'usine vitrine du dumping social et environnemental en direct sur le site du groupe.). Le pire politique qui transforme la planification du bien commun en une filiale de la World Company qu'il faut manager comme un centre de profit, vision comptable de l'humain en forme d'asset management où les individus sont des ressources, une ressource s'exploitant et se remplaçant indistinctement. Le pire démocratique où le pouvoir est confisqué dans un jeu de parti dont les vainqueurs sont libéraux capitalistes, modérés capitalistes ou d'un capitalisme vert n'ayant, une fois passé le concours de beauté quinquennal, plus de compte à rendre qu'à leurs argentiers.

Ce n'est sans doute pas un programme, mais un éclairage détourné du néolibéralisme et réorienté vers les contours d'un autre futur désirable, d'une alternative sérieuse qui remet l'homme en symbiose avec la nature, non plus à l'extérieur d'un "Environnement" supermarché, qui remet nos société sur le chemin du progrès social, du bien commun et la sécurité matérielle de tous, qui redonne le temps et les lieux pour l'échange, le débat et la culture, qui permette à tous un investissement politique et démocratique faisant de chacun un acteur politique de son pouvoir d'individuel au sein du peuple souverain.

Préparer le contrechoc: se politiser

Sans cet éclairage, sans le ralliement d'une masse critique et sans sa préparation intellectuelle à même d'affronter les vents dominants, ce serait laisser la théorie de la stratégie du choc se matérialiser et nous laisser sidérés à chaque recul de nos libertés individuelles de nos sécurités sociales et sanitaires devant l'idéologie du moment qui veut qu'il n'y ait que deux statuts celui de gagnant ou de perdant des compétitions mondialisées oblitérant le fait qu'à ce stade et faisant abstraction des 0.1% il n'y a que des perdants.

Car stratégie, il y a par ailleurs, en face. Quand la majorité des médias appartiennent une poignée de familles d'héritiers (le graphique du monde diplo ici) dont si l'on ne peut affirmer sans tomber dans le complotisme qu'elles ont un grand dessein commun, il est toutefois indubitable qu'elles ont des intérêts communs: la préservation d'une position dominante par une nombre limité d'individu et l'accumulation de richesse au détriment des masses contemporaines.Quand ces mêmes médias assènent des sondages des années à l'avance des élections préparant nos esprits à des alternatives commerciales où l'on ne se retrouve pas (voir ici une analyse des rapports aux sondages des progressistes) il est indubitable qu'il y a un agenda, celle de propulser des futurs du statut-quo où l'on peut continuer à la dilapidation des ressources naturelles non renouvelables et de la biodiversité sans les considérer dans nos bilans comptables, où la loi du marché globalisée est gravée dans le marbre continuant à procéder à des enchères inversées sur nos conditions de vie.

Pour préparer le contrechoc donc il faut investir toutes les sphères possibles d'un nouveau récit qui donne envie d'être vécu et donc d'être défendu. Il faut opposer des idées claires qui se distinguent aisément du torrent de lessive sémantique dont on nous abreuve à chaque instant, lessive qui adoucit la transformation systémique radicale nécessaire à la préservation des écosystèmes en une "croissance verte" autre nom cosmétique d'une fuite en avant destructive, lessive qui donne à voir les salaires différés et la protection sociale en "impôts de production" et en "charges" sociales, lessive qui fait des luttes pour le progrès social un mouvement d'extrémistes d'une terrifiante extrême gauche ne demandant pourtant que plus d'égalité (pas celle qui s'efface devant ceux qui peuvent payer les amendes et ceux qui ne peuvent pas), de liberté (pas celle de choisir entre délocalisation et asservissement) et fraternité (pas celle à la carte qui voudrait qu'aujourd'hui on en exclut ceux qui s'échouent sur les côtes européennes et qui d'autre demain?).

Investir ces sphères, cela commence aujourd'hui à la maison, au travail, sur les réseaux, sur des blogs en portant haut et fort les idées d'un progrès, d'une vision collaborative et positive de nos rapports à l'autre et la nature et à les opposer systématiquement à la vision compétitive, comptable, inégalitaire et délétère de la pensée dominante.

Photo by Rob Curran on Unsplash

Le Don Qui Chuchote - January 14, 2021

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